Un observateur contraint au silence


L’Europe observe de près ce qui se passe actuellement en Turquie. Après tout, la minorité turque n’est-elle pas la plus importante en Europe tant sur le plan démographique qu’économique ?

Il convient tout de même de relativiser le pouvoir de cette population puisqu’un grand nombre d’entre elle a émigré vers l’Europe il y a une cinquantaine d’années pour des raisons économiques tandis qu’une minorité s’est vue forcée de demander l’asile politique.

Les raisons historiques de l’immigration turque et sa situation actuelle dans les pays européens sont aujourd’hui tronquées, voire contradictoires.

Mais passons, car les derniers événements en Turquie et les raisons du silence complice ou non (j’ai du mal à croire à l’aveuglement) de l’Union européenne représentent certainement un débat public des plus intéressant.

Pendant que, par le biais de twitter et de courriels, les rapporteurs et représentants des instances européennes et organisations des droits de l’homme et de défense de la liberté d’expression condamnaient l’arrestation de milliers de politiciens kurdes en Turquie, l’Union européenne et cette même Turquie se courtisaient autour de la question de la libéralisation des visas.

En ma qualité de journaliste, il m’était évident que la libéralisation des visas n’était qu’un mirage. Mais les médias gouvernementaux turcs présentaient ces discussions comme une victoire acquise et n’ont eu de cesse de publier, diffuser, commenter, bombarder le public d’informations à ce sujet, de manière à étouffer toute médiatisation des bombardements des provinces à majorité kurde de Cizre, Diyarbakir, Yüksekova et Lice.

Parallèlement, le marchandage au sujet des réfugiés débutait à peine et occupait le devant de la scène, cloisonnant ainsi dans l’ombre les massacres et arrestations au sein de la population kurde.

Le simulacre de réaction de la part de l’Union européenne lors de la tentative de coup d’Etat du 15 juillet n’a trouvé aucun écho au sein de la population turque. L’hypocrisie étant désormais flagrante.

L’Europe vit en paix depuis une cinquantaine d’années. Aujourd’hui, les guerres européennes se font sur les plans bureaucratiques et intellectuels. Peut-être est-ce la raison pour laquelle l’UE ne s’oppose pas à la Turquie et lui fait encore miroiter une porte ouverte.

Lors d’une réunion au sein du Parlement européen accueillant quelques représentants de l’Opposition en Turquie, voici une phrase prononcée par un député européen et qui m’a interpellé : « Si nous cessons les négociations concernant les visas, notre influence en Turquie pourrait s’amenuiser. Si nos relations avec la Turquie venaient à être rompues, nous ne pourrions plus vous soutenir non plus ».

De quelle influence et de quel soutien est-il question ici ?

Où était l’Union européenne pendant que les soldats turcs enfermaient les citoyens de Cizre dans leurs caves et les laissaient pour morts ?

Où était l’Europe pendant que les élus kurdes se faisaient arrêter arbitrairement? Les a-t-elle aidés à être libérés ?

Où est l’Europe pendant que les écrivains emprisonnés se meurent dans leurs geôles faute de recevoir les médicaments appropriés ?

Où était l’Europe lorsqu’il y a à peine plus d’une semaine, sans mise en demeure, sans mandats, sans aucune base légale, les médias de l’Opposition se sont vus censurés et leurs matériaux redistribués aux chaînes progouvernementales ?

Malheureusement, l’Europe a fait tout le contraire de ce qu’elle représentait à mes yeux. Sous la pression du gouvernement turc, elle a purement et simplement interdit de diffusion les chaînes kurdes qui émettaient depuis l’Europe. Et ce, de la manière la plus alarmante : à la turque (sans justification, sans mise en demeure, en proclamant simplement que ces chaînes ne pourraient plus être diffusées par le biais du satellite européen).

Je me dis que la Turquie n’est pas en train de devenir européenne mais bien que l’Europe est en train de se turquifier.

Peut-être ne réalisez-vous pas ce qui est en train de se passer, peut-être ne vous rendez-vous pas compte de ce qui a commencé depuis longtemps déjà.

Les campagnes de négation contre le génocide arménien ne constituaient qu’un simple « show ».

Plus le Sultan Erdogan renforcera son pouvoir, plus il vous insultera pendant que vous répondrez « nous devons garder une porte ouverte ».

D’accord, mais cette porte ne doit être ouverte qu’avec des clés : respect des droits de l’homme et de la liberté d’expression.

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Savez-vous combien de journalistes ont été arrêtés au cours des six derniers mois en Turquie ?

Savez-vous combien de journalistes sont sans emploi depuis les fermetures arbitraires des médias ?

Plus de 3000 alors que la communauté entière des journalistes en Turquie ne compte que 30.000 personnes.

Dix pourcent de la profession n’exerce plus et les quelques milliers qui restent n’osent plus écrire, n’osent plus critiquer, n’osent plus penser car eux ou leurs proches pourraient être arrêtés.

Le gouvernement Erdogan a réussi à faire taire les voix de l’Opposition et ce, suivant la tradition ottomane : massacres et arrestations arbitraires. Les biens des médias censurés, finances, systèmes informatiques, caméras, etc. sont offerts aux chaînes progouvernementales.

En 1915, les biens des Arméniens déportés puis massacrés étaient offerts aux citoyens dont la « pureté ethnique » ne pouvait être remise en cause. Quelle ironie, n’est-ce pas ? Un gouvernement moderne, élu démocratiquement, agissant telle une dictature d’il y a cent ans.

Mais je ne vous rassurerai pas, ceci n’est qu’un commencement.

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Tant que le nationalisme (qu’il soit turc ou autre) continuera à s’ancrer dans les diverses populations européennes, le fléau n’en deviendra que plus dur à éradiquer.

Prenons l’exemple d’un simple match de football entre deux équipes belges. L’une présidée par un Araméen chrétien et l’autre entraînée par un Turc musulman. Une bagarre éclate.

Et la maudite sentence est lâchée par l’entraîneur d’origine turque : « Sales Arméniens, on va tous vous tuer ! »

Et de rajouter : « Je suis Turc et je suis prêt pour un nouveau génocide, vous allez tous mourir ! ».

Ce type de slogan était utilisé il y a quelques mois par les forces spéciales de l’armée turque dans les rues des villes à majorité kurde.

Ce genre de propos est celui d’un bourreau aveuglé par le nationalisme et la haine.

Les arbitres et autres joueurs n’y ont rien pu faire, le Président du club araméen, blessé, a dû être hospitalisé.

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Quelques jours plus tard, un autre incident, cette fois dans une école catholique très huppée de Bruxelles : un élève d’origine turque harangue son copain de classe, d’origine arménienne, en ces termes : « tu descends d’une race de menteurs, il n’y a jamais eu de génocide ». Ces deux enfants n’ont que onze ans.

J’en conclus que la boue du nationalisme jointe à celle du négationnisme salit déjà les pavés.

Le choix s’impose à vous désormais : continuer à fermer les yeux ou enfin décider de les ouvrir ?

Rappelez-vous que les dictatures ne sont pas éternelles mais la place que vous occuperez dans le grand Livre de l’Histoire l’est.

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